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Classes surchargées, manque de transport ...

Les ratages du relogement en Algérie

19 octobre 2010
Les ratages du relogement en Algérie

Les opérations de relogement se sont déroulées à un rythme effréné pendant plusieurs semaines et elles vont encore reprendre sous peu. L’Etat semble s’être engagé dans une course contre la montre pour résorber rapidement l’habitat précaire et éradiquer les bidonvilles.

Les nombreuses familles concernées ne pouvaient qu’applaudir. Cependant, à trop vouloir faire vite, les pouvoirs publics ont oublié de faire bien.

Les opérations de relogement des familles occupant des habitations précaires se sont effectuées, il y a quelques semaines, à un rythme effréné. Des réalisations qui ont fait le bonheur de citoyens pour qui avoir un logement décent est devenu une obsession. C’est avec des youyous et des cris de joie que des familles entières ont accédé à leurs nouveaux logements. Mais une fois sur les lieux, les familles relogées ont découvert, à leur grande stupéfaction, que les nouvelles cités étaient dépourvues du minimum nécessaire à une vie décente.

Conséquences d’un empressement

Les autorités publiques n’ont pas pris en compte les besoins vitaux des citoyens avant de procéder à leur relogement dans les nouvelles cités.

Plusieurs opérations de relogement ont été effectuées ces derniers temps à Alger. L’objectif était de mettre un terme au calvaire que vivaient des familles ayant longtemps occupé des gourbis ou des bidonvilles dans différents quartiers. Malheureusement, les milliers de citoyens relogés, qui rêvaient de mener une vie décente dans leurs nouvelles cités, ont eu la mauvaise surprise, une fois sur les lieux, de constater que les structures d’accompagnement nécessaires, comme les écoles, les dispensaires, les transports, et les marchés, faisaient cruellement défaut. Le problème de logement définitivement résolu, leur parcours du combattant n’est, lui, pas encore achevé. Aujourd’hui, ils doivent faire face à des difficultés ayant trait à la scolarisation de leurs enfants, la prise en charge médicale, le manque de transports….

Ces pauvres familles font, en effet, les frais de l’empressement des autorités de construire des immeubles sans aménagement urbain. Et les conséquences sont lourdes. Le lancement de projets allant dans ce sens est néanmoins annoncé et les habitants n’ont d’autre choix que de prendre leur mal en patience… « Nous étions parqués dans des bidonvilles. Imaginez les gros problèmes d’hygiène, de sécurité et de confort auxquels nous avons été confrontés. Mais même dans des conditions de vie aussi difficiles, tous les services nécessaires étaient disponibles. Aujourd’hui, les nouveaux appartements sont là sans aucune commodité. Nous avons vraiment du mal ! », déplorent à l’unanimité les nouveaux occupants des cités à Tessala El-Merdja et Birtouta. Les opérations de relogement ont été effectuées à un rythme accéléré, comme si les autorités avaient hâte d’en finir avec un dossier qui les a longuement préoccupées. En l’espace de quelques semaines, plusieurs bidonvilles ont été rasés, après avoir « casé » les habitants dans de nouvelles cités.

L’urgence a été justifiée, par certains responsables, par le souci d’éviter aux occupants des bidonvilles de passer un autre hiver sous la tôle. Cela pardonne-t-il pour autant le grave manquement constaté dans la mise en place des structures nécessaires pour permettre à ces habitants de mener une vie... normale ? N’aurait-il pas fallu penser à leur construction simultanément avec les nouvelles cités ? Encore une fois, précipitation et absence de vision ont caractérisé la démarche des pouvoirs publics dans ce domaine. Les autorités devaient équiper ces nouvelles cités de tous les moyens adéquats. Les responsables n’avaient-ils pas prévu que les citoyens auraient besoin d’écoles, de dispensaires, de marchés… ? Comment ont-ils négligé cet important aspect ? « Pourtant, on entend souvent, dans les discours officiels, parler de la nécessité de mettre à la disposition du citoyen tout le confort pour une vie urbaine décente ! », disent des habitants de la nouvelle cité de Birtouta. Par ailleurs, des projets de réalisation d’écoles et de marchés, lancés suite aux réclamations des habitants, « avancent à pas de tortue », déplore un habitant de la cité de Birtouta, qui a accueilli, rappelons-le, les ex-occupants des bidonvilles Doudou-Mokhtar (Hydra) et de Diar-Echems (El-Madania). Les conséquences d’un tel laxisme sont lourdes : des élèves font plus d’une demi-heure de route pour rejoindre des classes de… plus de 50 élèves ; les malades doivent parcourir plus de huit kilomètres pour se soigner à l’hôpital de Draria ; pour une bonbonne de gaz, ils sont obligés de se rendre dans une station-service… C’est un quotidien pénible qu’ils endurent ! Une situation qui aurait pu leur être évitée avec un minimum d’esprit prévisionnel.

Des élèves non encore inscrits !

Plus d’un mois après la rentrée scolaire, des élèves n’ont pas encore rejoint les bancs de leur école. Dans les deux cités de Tessala El-Merdja et Birtouta, ils attendent toujours la décision de la direction de l’éducation Alger-Ouest qui doit les répartir à travers les établissements scolaires. « Mes deux enfants sont toujours en vacances. J’ai tenté de les inscrire, en faisant appel à des connaissances à la direction de l’éducation, en vain. Car le nombre des élèves est important et cette opération d’affectation nécessite, selon les responsables locaux du secteur, encore quelques semaines », témoigne Rabah, habitant depuis quelques semaines à Tessala El-Merdja.

Plusieurs enfants rencontrés dans ces cités affirment qu’ils attendent toujours le feu vert pour leur scolarisation. Des concierges d’établissements scolaires nous ont affirmé que des parents d’élèves se présentent pratiquement chaque matin pour savoir si les décisions d’inscription de leurs enfants sont arrivées. Un mois de perdu et au rythme auquel leurs dossiers sont traités, ces enfants pourraient rater tout le premier trimestre. Pourront-ils rattraper le retard qu’ils auront accumulé ? Seront-ils en mesure de s’adapter au rythme des cours après des vacances prolongées ? Sur qui tombera la responsabilité d’un échec scolaire ?

De Birtouta à… Dergana pour étudier

Mourad, lycéen, vit un calvaire des plus insupportables. Excédé par le retard de son admission dans un établissement proche, cet adolescent décide de poursuivre ses études au lycée de Dergana, situé à près de 50 km de son domicile. Pour ne pas rater son année, il est obligé de se lever tous les matins à 5h pour être transporté par son frère, qui travaille à Dergana. « Je suis contraint d’attendre plus de deux heures avant l’entame des cours. Je n’ai pas vraiment le choix ! Je veux réussir en dépit de tous ces obstacles », affirme-t-il, déterminé. Si Mourad a eu la chance d’avoir un frère qui travaille non loin de son lycée et qui le conduit tous les jours, c’est loin d’être le cas pour d’autres qui doivent attendre patiemment la décision de la direction de l’éducation qui leur ouvrira enfin les portes de la scolarité. Voilà l’une des conséquences désastreuses de l’absence d’une vision globale de construction urbaine.

A Birtouta, ils sont 60 par classe !

L’année scolaire 2010-2011 ne semble pas du tout prometteuse pour les élèves issus des familles relogées récemment dans la nouvelle cité de Birtouta.

Les conditions de leur scolarisation sont, le moins qu’on puisse dire, pénibles, ce qui constitue inéluctablement un facteur de déstabilisation. En effet, la surcharge des classes a atteint la limite de l’inacceptable. Au CEM Frères-El-Akel, on compte pas moins de 60 élèves par classe ! « Nous sommes obligés de chercher des tables et des chaises pour assister aux cours et les enseignants passent leur temps à demander le silence. Certains élèves s’installent par terre... », témoigne un groupe de collégiens rencontrés à la sortie de cet établissement. « Si ça continue, nous ne pourrons rien assimiler et nous échouerons tous à coup sûr à l’examen du BEM », appréhendent des élèves de quatrième année moyenne.

Le CEM Frères-El-Akel est éloigné des nouveaux bâtiments, ce qui contraint les élèves à marcher pas moins de 50 minutes pour y accéder. « Et celui qui arrive en retard n’a aucune chance de trouver une place. Dans les salles de cours, nous ne pouvons même pas bouger tant les tables sont serrées les unes aux autres. On étouffe d’ailleurs ! », soulignent des élèves. Les capacités d’accueil de cet établissement sont largement dépassées, et les responsables auraient dû y penser avant même de lancer l’opérations de relogement. Les enseignants aussi se plaignent de cette situation insupportable. « Les conditions de travail ne nous permettent pas d’avoir le rendement escompté. Comment voulez-vous qu’un enseignant puisse se concentrer et donner convenablement son cours dans une classe de 50 à 60 élèves ? C’est du jamais-vu ! Le bruit, les querelles entre élèves venus de différents quartiers d’Alger, les retards récurrents… C’est là notre lot quotidien. Franchement, nous travaillons à moins de 50% de nos capacités… », déplore un groupe d’enseignants. La responsabilité de cette situation incombe à la direction de l’éducation Alger-Ouest, dont dépendent les établissements scolaires de Birtouta, qui a instruit les directeurs des écoles primaires, CEM et lycées d’inscrire tous les élèves sans exception. « On ne pouvait, à l’évidence, pas laisser les enfants des familles relogées dans la rue », argumentent les responsables de cette direction.
Mais un élève peut-il vraiment assimiler dans une classe surchargée ? Et un seul enseignant peut-il transmettre des connaissances à autant d’élèves en même temps ? C’est là une situation des plus catastrophiques, estiment les enseignants. Les élèves, eux, redoutent les résultats de fin d’année.

Le ministre de l’Education nationale a reconnu que la surcharge des classes touche plus de 15% de l’ensemble des établissements à travers le territoire national, sans fustiger toutefois la gestion maladroite des affaires de ce secteur et l’absence d’une coordination entre les différentes administrations.

La seule solution pour voir la fin de ce calvaire est d’attendre l’achèvement des projets de réalisation de nouveaux établissements scolaires lancés tout récemment. Il reste à espérer, et... l’espoir est mince, que l’actuel exercice pédagogique ne soit pas un fiasco total.

Des défaillances préjudiciables

La vie dans les nouvelles cités n’est pas de tout repos pour les familles qui viennent de quitter des habitations précaires où pourtant toutes les commodités étaient à leur portée.

Le rêve des anciens habitants des bidonvilles de mener une vie heureuse, du moins décente, s’est vite transformé en cauchemar, au vu des graves défaillances qui émaillent leurs nouvelles cités. Ils disent éprouver d’énormes difficultés à se soigner, se déplacer et faire leurs courses. « Je ne comprends pas comment on peut construire des bâtiments sans prévoir des services minimum. Enfin, ça tombe sous le sens. Les autorités savent pourtant bien que les anciens habitants des bidonvilles sont, pour la plupart, des familles démunies qui ne peuvent pas se passer des services publics ! », s’insurge un groupe d’habitants de Tessala El-Merdja. Pour ces citoyens, et même pour ceux de Birtouta, la prise en charge médicale constitue la première préoccupation. Djamel Ould Abbes, ministre de la Santé, a pourtant mis à disposition, il y a quelques semaines, une clinique mobile à Tessala El-Merdja, mais les habitants affirment que ce « fourgon climatisé » n’assure aucun service. « On ne peut même pas faire un piqûre ici. Le médecin est la plupart du temps absent. Il aurait été préférable que ce véhicule soit plutôt aménagé pour le transport scolaire ! », se plaignent les habitants, scandalisés d’être obligés de parcourir plus de huit kilomètres, jusqu’à l’hôpital de Douéra, pour une simple consultation.

Ces citoyens interpellent les pouvoirs publics à installer au plus vite des structures sanitaires de proximité et à prévoir des moyens de transport, qui font également défaut. Selon eux, les bus assurant la desserte vers différentes localités accusent un retard monstre, les empêchant de régler leurs affaires à temps. Et les défaillances ne se limitent pas aux services... Elles affectent même l’intérieur des immeubles. Les fuites d’eau constituent un vrai casse-tête pour les habitants des nouvelles cités de Bachdjarah, Tikesraïne, Tessala El-Merdja, Birtouta... (voir notre reportage du 13 mai 2010). Les appartements prennent l’eau de partout et les habitants sont complètement désorientés face à ce problème... « C’est un cauchemar ! Le frottoir ne quitte pas les mains de nos femmes. Et si on reste une demi-heure sans éponger l’eau, la maison tout simplement devient une mare ! Les entreprises qui se sont chargées des travaux devraient être lourdement pénalisées ! », s’indignent les habitants.

Le raccordement au gaz de ville fait également défaut, ce qui les contraint à l’utilisation de gaz butane. La vie dans ces cités est aussi marquée par des scènes de violence quotidiennes. La mise en place de postes de sécurité urbaine est d’une nécessité absolue, car dans ces cités l’on craint désormais le pire. Délinquance et consommation de stupéfiants gagnent en effet du terrain. Toutes ces défaillances auraient pourtant pu être aisément évitées si les autorités avaient prévu le minimum avant de procéder au relogement…

A. H.

Tags: Algérie Dossier Santé Logement Education Emploi

Source : InfoSoir

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2 commentaires

  • Le sport national : râler et réclamer. par Abbou 9 mai 2011 09:58

    "Toutes ces défaillances auraient pourtant pu être aisément évitées si les autorités avaient prévu le minimum avant de procéder au relogement…" Comme c’est facile à dire. Vous avez la recette du développement économique "clé en main" ? Publiez la vite. Vous ferez oeuvre utile à l’humanité. Encore mieux que Pasteur. Les trois-quarts des habitants de la planète l’attendent, cette solution. Pas les habitants de nos bidonvilles. Eux, ils croient que l’Etat c’est la fée de Cenderillon, capable de transformer les masures en villas, les gourbis en usines et les bauges en université, en deux-temps trois-mouvements. Sait-on seulement que dans 95% des pays de la planète, les autorités se foutent totalement de vos conditions de vie. C’est à chacune de se débrouiller. Qu’il travaille pour réussir. Nous, on est encore des enfants comptant sur un Etat/bonne maman qui ferait tout pour nous.

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