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L’annonce d’une « méga découverte » de pétrole en Algérie jette le trouble chez les spécialistes

29 octobre 2013

Le ministre de l’énergie et des mines algérien Youcef Yousfi avait promis à Londres il y a un mois une grande annonce imminente sur l’exploration d’hydrocarbures au Sahara. C’est chose faite depuis samedi dernier. Sauf que l’annonce a dépassé, et de beaucoup, tout ce que les spécialistes du domaine minier algérien envisageaient comme découverte possible.

Le gisement de Hassi Toumiet dans le bassin d’Amguid Messaoud, non loin de Hassi Messaoud (125 km) a révélé des potentialités en pétrole Tight de 1,264 milliard de barils dont 50% pourraient être récupérées en utilisant la technologie de la fracturation hydraulique. Pour situer l’importance de cette annonce il faut juste voir qu’avec de telles projections l’Algérie améliore de près de 20% sa capacité de production actuelle de 1,2 million barilsjour.

Le gisement de Hassi Toumiet apporterait- en plateau de production 200 000 barils jour supplémentaires, pendant près d’une décennie. Lors de sa visite sur le site de Hassi Toumiet, le ministre de l’énergie n’a pas utilisé, devant une poignée de journalistes nationaux, le mot de pétrole Tight, un hydrocarbure captif de la roche que Sonatrach a dédaigné exploiter durant les années 70-80 à cause de ses coûts d’extraction élevés. Il a juste signalé selon la dépêche de l’APS qu’il faudra recourir aux techniques de forage non conventionnelles pour pouvoir extraire 50% du réservoir. Youcef Yousfi a affirmé qu’avec les techniques conventionnelles seules 10% à 15% des ressources du gisement pouvaient être récupéré.

DES ANOMALIES ET DES INCOHÉRENCES

Le vice-président de Sonatrach activité amont Said Sahnoun présent aux côtés du ministre de l’énergie à Toumiet a confirmé que ce gisement était "une nouvelle découverte" en effort propre de Sonatrach. Cette affirmation suscite cependant quelques interrogations. Contacté à sa direction générale à Alger, un interlocuteur de Sonatrach a rappelé à Maghreb Emergent que les nouvelles découvertes d’hydrocarbures sont validées par l’agence de promotion du domaine minier Alnaft avant d’être annoncées, réglementairement par elle d’abord. La nouvelle découverte de Hassi Toumiet n’a pas fait l’objet d’une communication chez Alnaft. Ce qui a laissé penser à un ancien dirigeant de Sonatrach, "troublé par cette annonce", qu’il ne s’agirait pas d’une découverte tout à fait nouvelle mais du "résultat de l’actualisation de l’exploration d’un périmètre ou de l’huile a déjà été trouvée, mais dont le potentiel était mal cerné et jugé peu intéressant économiquement il y a vingt ou trente ans".

Mais cette hypothèse vacille aussitôt dans le propos de cet ancien dirigeant du secteur de l’énergie. "J’avoue que j’ai beau chercher, je ne souviens pas avoir laissé un réservoir dans cette région du bassin d’Amguid Messaoud qui puisse proposer un tel potentiel de production, même en tight oil". Il pourrait donc s’agir effectivement d’une découverte réellement nouvelle. Mais alors la communication du ministre Youcef Yousfi pose d’autres problèmes pour les spécialistes. "LE MINISTRE A EXAGÉRÉ LE TAUX DE RÉCUPÉRATION" Pour K. Y un ingénieur à la direction de la production de Sonatrach, devenu consultant depuis quelques années, la communication de Youcef Yousfi "n’est pas claire sur comment le potentiel du gisement a pu être évaluée à 1,3 millions de barils" et surtout elle est complètement irréaliste lorsqu’il parle d’arriver à un taux de récupération de 50% sur le réservoir. Le sentiment que le ministre algérien de l’énergie et des mines a exagéré le taux de récupération que les techniques non conventionnelles allaient permettre d’atteindre à Hassi Toumiet était palpable chez un autre cadre de Sonatrach contacté par Maghreb Emergent. Un expert américain du pétrole, William Byrd, a exprimé les même réserves " Le taux moyen de la récupération primaire est de 15%, une récupération secondaire peut obtenir 15% supplémentaire. Au-delà il faut énormément de science et donc énormément d’argent".

Sans que jamais le taux de 50% ne soit évoqué. Le ministre de l’énergie et des mines parait avoir également minimisé le surcoût d’extraction en l’évaluant à seulement 10% pour un gain de 40% de récupération, comme rapporté par la dépêche de l’APS. Le plus probable finalement est qu’il y a bien eu une découverte de pétrole non conventionnel, qu’elle confirme le potentiel de l’Algérie dans ce domaine, mais qu’elle ne peut pas recéler autant de liquide que ce qui a été annoncé et que son exploitation coutera plus cher que ce qui a été suggéré. L’un des meilleurs spécialistes algériens des hydrocarbures non conventionnels Nazim Zouiouèche, ancien PDG de Sonatrach, avait insisté lors d’un séminaire de formation à la presse organisé en 2012, par le réseau Rameve, sur le fort potentiel de l’Algérie en Tight oil, une variété de pétrole de roche, non récupérable par les techniques de forages classiques. Il avait également souligné que contrairement au gaz de schiste qui peut s’avérer non rentable compte tenu des coûts énormes d’investissement qu’il nécessite, le pétrole Tight peut être économiquement intéressant si la tendance du prix élevé du brut s’installe "géologiquement" dans le monde.

Tags: Algérie Hydrocarbure

Source : Le Quotidien d'Oran

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