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Reportage : Ramadan made in french !

Nostalgie, bénévolat, marché halal

7 septembre 2010
Nostalgie, bénévolat, marché halal

Dès le début de l’après-midi, les gens convergent vers ce quartier du 18e Arrondissement, pour s’y achalander en produits qui garniront leur table, mais surtout renouer avec « rihet lebled ».

Rien de mieux pour se consoler de la nostalgie du pays que de faire un crochet par Barbès, un quartier mythique du XVIIIe Arrondissement. Dès la sortie du métro, on est transportés dans un coin d’Alger. Les accents, engueulades, bousculades et même le temps qui y « coule » doucement évoquent cette particulière « atmosphère » des villes algériennes.

Le carrefour Barbès est quotidiennement squatté par des dizaines de jeunes qui y vendent des cigarettes à la sauvette. C’est leur seul moyen de subsistance dans cette jungle de l’exil. Le ramadan ? « On s’invite, on s’entraide... », explique Hamid, originaire de Annaba, en France depuis quatre ans et dont les propos sont approuvés par ces amis.

Barbès, c’est surtout le lieu du commerce, notamment en ce mois de ramadan. Fatiha, une veuve marocaine, prépare quotidiennement près de cent matlouâ qu’elle vend deux euros pièce, pour arriver à subvenir aux besoins de ces quatre enfants avec lesquels elle vit dans une précarité totale. Le ramadan est pour elle une véritable aubaine, comme d’ailleurs pour les dizaines de commerçants à la « sauvette » installés à même le trottoir et qui proposent aux passants des produits du terroir, tels du persil, des gâteaux traditionnels, des dattes à des prix abordables.

Les acheteurs, eux, ne manquent pas. C’est le cas de Benchikh et de Rachid, rencontrés en train de faire leurs dernières courses du jour. « On a tout préparé à la maison et là, on est sortis acheter des gâteaux surtout « kalb el- louz », explique Benchikh, cet enfant des Trois-Horloges, un autre quartier mythique d’Alger. « On se croirait presque à Alger. On tombe sur de vieilles connaissances avec qui on discute de tout et de rien », poursuit son ami Rachid. El Hadj, originaire de Tlemcen, est « venu chercher la chorba » qui se monnaye à trois euros le plat à emporter. Son métier de transporteur ne lui laisse pas le temps de préparer lui-même son f’tour. « Alors, je me rabats sur cette solution rapide », ajoute-t-il. D’autres choisissent de manger carrément sur place. « Une demi-heure avant el-adhan, les restaurants sont presque pleins. Il faut dire que les prix sont extrêmement abordables. Un menu composé d’une chorba, un plat de résistance au choix et un dessert est proposé pour neuf euros », raconte Karim, restaurateur.

D’autres encore se rendent à Barbès pour tuer le temps, comme Hamitouche, la cinquantaine, sans papiers, qui tous jours y rejoint des amis pour un brin de causette, prendre des nouvelles..., se rapprocher des siens. « On se sent presque en Algérie », confie-t-il avec une point d’amertume, de nostalgie.
Le grand sujet du jour dans les petits cercles qui se font et se défont au gré des discussions, c’est la démission de Rabah Saâdane. Pendant que les uns commentent la nouvelle, une voix s’élève soudainement, celle d’un fan de l’EN : « Wallah, c’est la meilleure nouvelle depuis le début du ramadan. » Un attroupement s’en suit et chacun y va de son avis qu’il expose avec force passion, sous les regards médusés des passants.

A l’approche de l’heure du f’tour, des fidèles d’un pas décidé gagnent en petits groupes les mosquées à l’entours. A la mosquée Khaled-Ibnou-Walid, situé rue Myrha, où les sous-sols ont été aménagés en grandes cuisines, des bénévoles s’activent pour préparer le repas de l’iftar qui sera servi au troisième étage.

Invitation chez les Chibane

Lors de ce mois sacré, les familles renouent avec leurs proches. C’est dans cet esprit que les Chibane résidant au Val de Fontenay, près de Paris, invitent les Belkacemi à un f’tour que les enfants ont l’air d’apprécier.
« Bienvenue ! » lance Nacira, la maîtresse de maison, avec un large sourire, entourée de ses filles Celia et Liza. A l’intérieur, l’ambiance des grands jours règne. Alors que la maman se lance vers la cuisine pour effectuer les dernières « retouches », les deux filles, 14 et 12 ans, préparent la table. « D’habitude, elles ne touchent à rien. Mais cette fois-ci, elles me donnent un coup de main », dira Nacéra, qui insiste auprès de Abdelkrim, son mari, pour qu’il se charge de couper le melon. Affalé sur le canapé, il fait mine de ne rien entendre. C’est Fatiha, l’invitée, qui s’en occupe finalement On entend el adhan.

Le moment de la rupture du jeûne arrive lorsque, sans se précipiter, chacun prend place pour déguster son repas. Au menu, la fameuse chorba, des m’hajebs, boureks, galette et un plat aux olives, un véritable régal après une journée de jeûne. La discussion s’engage sur les vacances en Algérie, les premiers jours du Ramadhn auxquels la famille Chibane avait assisté. « En Algérie, il fait très chaud, explique Abdelkrim, mais le soir c’était un plaisir. Les rues sont animées, contrairement à ici où on mange puis on dort », conclue-t-il. Le dîner terminé, le café fait son entrée lorsque Liza nous montre fièrement son exposé du jour, très bien noté par ailleurs. « J’ai fait un exposé sur l’Algérie, sa culture, ses arts et son histoire », a-t-elle révélé. Avec une grande aisance, l’adolescente engage la discussion sur les ténors de la culture algérienne, comme Kateb Yacine, Issiakhem, Alloula et les autres.

Célia, motivée, accourt vers sa chambre et ramène tel un trophée son exposé noté vingt sur vingt par son enseignante et qui a pour thème l’enfant soldat. Dans son exposé, elle évoque Birahima, cet enfant « sans famille, sans attache » qui devient soldat « bien malgré lui ». « C’est pour dénoncer l’utilisation des enfants dans les conflits que j’ai choisi ce thème », explique-t-elle, affichant une conviction citoyenne éclairée. Les parents n’ont, il faut le dire, pas lésiné sur les moyens pour l’éducation de leurs enfants, en les inscrivant dans une école privée pour leur éviter de tomber dans les dérives de la vie de la cité.

Melissa, 11 ans, apporte alors sa touche à cette soirée ramadanesque avec une chanson de Alloua, un foulard autour des hanches, et entame « sa danse » kabyle. Sur ces notes qui distraient tous le monde, Fatiha lance à sa fille : « Tu devrais faire un stage de danse en Algérie. » Elle se prépare pour « le mariage de ma sœur qui aura lieu au mois d’octobre », nous révèle Fatiha. Elles ont hâte d’y être. Nacéra ramène les photos des vacances et les montre à Fatiha : les plages, le village et le séjour à Alger. Tous les membres de la famille s’accordent à dire qu’ils ont passé de bonnes vacances, « non seulement parce qu’il y a la famille, mais aussi toutes nos attaches ». Ce couple tranquille souhaite acquérir un pied à terre au bled. Les filles riches d’une double culture s’enthousiasment à un tel projet. Pour finir la soirée, tout le monde est convié au jeu du baccalauréat qui consiste à trouver des noms de villes, de métiers, etc. à partir d’une lettre de l’alphabet. Comme ultime récompense, Célia offre des flashes, ce bonbon surgelé rapporté tel un trésor d’Algérie...

Chorba pour tous

Solidarité n Cette association humanitaire, dont la majorité sont des donateurs et bénévoles sont des Algériens, distribue aux nécessiteux près de mille repas quotidiennement sans distinction de race ni de religion.

Une heure avant l’ouverture, la queue s’allonge des deux côtés du portail du chapiteau installé à la rue de l’Ourc au 19e Arrondissement. On y de toutes les couleurs et de toutes les nationalités, des afghans, africains, français, arabes, asiatiques, tous là animés par le besoin de manger. « On ne regarde pas la nationalité, la confession des gens... », fera remarquer Hasni Ali, président de l’association « Chorba pour tous ». « On reçoit tout le monde sans exception », poursuit-t-il, tout en donnant les dernières directives à la trentaine de bénévoles qui se hâtent pour préparer les tables et les colis. Une équipe se charge de disposer les plateaux avec le menu sur les tables, une autre se charge des colis. A 19h, « on commence à distribuer des plats à emporter aux personnes qui veulent manger à la maison. On n’ouvre la salle qu’à partir de 20h à ceux qui consomment sur place », indique-t-il en spécifiant que plus de mille plats sont servis quotidiennement. Avec la crise, le cercle des nécessiteux s’est élargi, et ne concerne pas seulement « les marginaux, les sans-papiers » « Désormais, on reçoit des gens qui travaillent et qui n’arrivent plus à faire face au quotidien. Ils arrivent en famille », nous annonce M. Hasni. Vérité qu’on constate sur place dans cette salle étalée sur près de mille mètres carrés, et qui contient plusieurs dizaines de tables dont un espace réservé aux familles. « Comme on reçoit un peu de tout, pour éviter des tensions, on place les familles devant », explique Mounir, au chômage, bénévole qui signale préférer « se rendre utile aux autres en ce mois de ramadan ».

Les gens commencent à avancer par petits groupes, prennent leurs colis et s’en vont. A l’heure de l’Iftar, l’activité s’accélère et la salle est pleine assez vite. Nombreux sont ceux à attendre dehors qu’une place se libère. Les bénévoles, eux, ont juste le temps de casser le jeûne avec quelques dattes et un bol de lait, remettant la prise d’un repas complet à plus tard.Ils sont alors vite pris dans le tourbillon ; se chargent de placer les personnes, veillent que chacun reçoive son menu au complet, Préparent les autres plateaux, essuient les tables... En cuisine, Réda veille au grain « Ma grande satisfaction est de voir toute la nourriture consommée », confie-t-il, avec un grand sourire. Un sentiment que partage Gabriel Chritien, bénévole depuis 1996, et qui dira : « On ignore la pub. C’est l’humanisme qui compte. » Ce constat se vérifie à travers le contact simple et direct qu’entretiennent les bénévoles avec les nécessiteux. « Depuis vingt ans qu’on existe sur le terrain, tout au long de l’année, on a trois camions qui distribuent la chorba dans les gares de Stalingrad, à Barbes et à la gare de l’Est. « On connaît du monde, précise Khaoula, étudiante, préparant une thèse d’anthropologie culturelle. « En plus du bénévolat proprement dit, c’est un terrain d’études pour moi », annonce-t-elle. Enfin, le président a tenu à remercier particulièrement les donateurs, « des gens anonymes, des employés, commerçants qui font régulièrement des dons, surtout en ce mois sacré du ramadan. »

Portrait d’un anonyme

Tête baissée, le visage inquiet, il regarde furtivement autour de lui. Il se fonde dans la masse parmi les centaines de gens à faire la queue. Il ne veut pas être reconnu. Rester anonyme. Englouti dans un silence profond, il avance lentement, l’esprit lourd, le cœur gros. Ces habits usés, son visage las, il avance dans cette interminable queue, qui ressemble au labyrinthe de son existence. Le pied lourd, le pas incertain, il avance malgré tout. Son visage creux, des cheveux blanchis par tant de soucis, la lassitude enveloppe son regard

Muet, il ne parle à personne. Ses yeux parlent pour lui. Il se maudit intérieurement « d’être là », se murmurant : « Et si on me reconnaissait, Qu’en dira-t-on ? » Comment justifier sa présence ? Que dira-t-il si, un parent, une ancienne connaissance l’interpelle ? Lui qui est arrivé de sa Kabylie, la tête pleine de rêves et que l’exil a vite refroidi. Blessé dans son orgueil, il ravale sa fierté et avance, avance, parmi ce peuple de l’abîme. « M’en sortirai-je ? » ne cesse-t-il de se répéter. Un brin de dignité, son visage semble s’éclaircir lorsque son regard croise le ciel. Il implore silencieusement, il jure que le lendemain sera meilleur et qu’il se libérera des chaînes de la misère. Lui, c’est le sans-papiers, le sans-identité ! Il ne veut rien. Juste son repas.

Le marché du halal explose

Le marché du halal a pris de l’ampleur devenant un enjeu économique majeur. Selon le WHF5 World Halal Forum, un organisme chargé d’organiser le marché du halal dans le monde, il a généré pour l’année 2009 un chiffre d’affaires de 660 milliards de dollars. L’équivalent, selon les spécialistes en la matière, du marché du médicament dans le monde. Le premier pays exportateur de viande halal dans le monde, bénéficiaire de ce marché, est le... Brésil. Des pays comme la France, l’Italie, la Belgique notamment veulent avoir leur part du marché.

L’Italie a créé cet été le « made in Italy halal » par une convention interministérielle. La Belgique l’avait fait quelque temps auparavant et la France a participer avec un pavillon au MIHAS (Salon international du halal). Le port de Marseille se propose d’organiser le prochain World Halal Forum (Europe) à Marseille. Par ailleurs, plusieurs labels, comme Fleury Michon et Quick se lancent à leur tour à la conquête du consommateur musulman en commercialisant les produits halal. Les grandes surfaces comme Auchan ouvrent carrément des espaces halal pour leur clientèle. Zakia halal, label spécialisé dans les plats halal à emporter, a lancé sa première publicité sur TF1.

Le bouquet TV spécifique

La nouveauté en France c’est la profusion de chaînes TV via les opérateurs de téléphonie. Cette fois-ci, un bouquet de six chaînes de télévision en arabe et en français a été lancé spécialement pour le mois du ramadan.

Au programme de ces TV, la lecture du Coran, les actualités et émissions de divertissement, des interviews de grands savants de l’Islam et des émissions qui racontent aux téléspectateurs la sira (vie) du Prophète (qlsssl), ainsi que divers aspects de la vie contemporaine de la communauté musulmane. Ces chaînes sont Al-Majd Holy Quran, Almajd Space Channel, Almajd Al Hadeeth Al Nabawy, Al-Nas, Al-Hafez, Azhari TV2.

Tags: Dossier France Ramadhan Islam

Source : InfoSoir

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