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Musique Algérienne

Le Raï, la musique de toute une génération

24 juin 2006

Le Raï, expression musicale qui peut être assimilée au rap US, car ces deux types de musique, bien que très différentes musicalement, ont un point commun ; elles viennent de la rue, du peuple, et expriment l’opinion avec des mots crus sans tabous.

Le mot Raï qui signifie « Opinion » ou « Avis », vient des profondeurs de la culture ornaise, où les Cheikh (les maîtres) récitaientt des textes classiques du chant bédoui et la poésie populaire arabo-andalouse lors des fêtes et des mariages et cela en langue dialectal.

Dès les années vingt, les maîtres et maîtresses du Raï traditionnel oranais tels (Cheikh Khaldi, Cheikh Hamada ou Cheikha Rimitti), représentent la culture bédouine traditionnelle. Leur répertoire est double.

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Cheikha Rimitti
1926-2006

Le registre officiel célèbre la religion, l’amour et les valeurs morales lors des fêtes des saints des tribus, les mariages ou les circoncisions. Le registre irrévérencieux (Une échappatoire aux rigueurs de la morale islamique) est interdit et chanté essentiellement dans les souks et les tavernes. Danseuses et musiciens ambulants y parlent de l’alcool et des plaisirs de la chair. Ces deux formes sont à l’origine du Raï moderne.

Dans les années trente, on chante le wahrani, adaptation du melhoun accompagnée à l’oud, à l’accordéon, au banjo ou au piano. Cette musique se mélange aux autres influences musicales arabes, mais aussi espagnoles, françaises et latino-américaines. C’est ainsi que, vers les années cinquante, avec Cheikha Remitti (Charak gataâ), cette musique qui, à l’origine, ne rassemble que quelques chanteurs, finit par s’étendre, après l’indépendance, à l’ensemble de l’Algérie. Les instruments traditionnels du Raï (Flûte, derbouka et bendir) s’accommodent de la guitare électrique et sa pédale wah-wah comme chez (Mohammed Zargui) ou de la trompette et du saxophone comme chez (Bellemou Messaoud).

Le Raï moderne lui est né à Oran à la fin des années 70, les synthétiseurs et les boîtes à rythmes font leur apparition, le Raï s’imprègne des styles rock, pop, funk, reggae et disco avec notamment Mohammed Maghni, mais aussi Rachid et Fethi Baba Ahmed qui développent la production Raï, et cela sous l’impulsion d’un ras-le-bol populaire, et d’une envie pressante de vivre dont était demandeur la jeunesse algérienne, des paroles simples, et des expressions venant directement de la rue, loin du politiquement correct qu’imposait cette époque sous la présidence de Houari Boumediène, et loin aussi des tendances musicales orientales et égyptiennes surtout.

Au début des années 80, une génération de chanteur est née en même temps que la génération de footballeur, la révélation de Bélloumi, Madjer, Assad, fut quasi synchronisée avec celle de Khaled, Mami, et Zahouania, c’était l’age d’or des algériens.

En générale le raï parle de femmes, d’adultère, d’alcool, de mélancolie, de la France et du visa, l’un des titres qui eu un succès phénoménal à cette époque et YA BABOUR, (le bateau), une chanson qui parle d’exil loin de l’Algérie natale, et loin de la famille. Ces sujets tabous, chantés avec des expressions crues ; « Elle est venue à la maison, et je lui ai donné du Ricard, elle a passé la nuit chez moi », « Pour elle je me soûlerai toute la nuit, et je la ramènerai de force chez moi, et cela contre la volonté de son père et ses frères ».

Ces paroles n’étaient pas acceptées dans une société musulmane pratiquante, de ce fait le Raï fut interdit dans la plupart des foyers algériens, car aux yeux des parents, il incitait la jeunesse à la débauche (ce qui fut démentie par la suite), La jeunesse elle, l’écoutait en cachette, dans la rue, chez des amis, ou dans les cafés, Khaled, Mami, Fadhela et Sahraoui, Zahouania, Cheb Abdel Hak, Cheb Hasni, furent leur porte-parole, leurs cassettes audio se vendaient par millier d’exemplaires, leur concert plein à craquer, même le clown des enfants Hdidwane se mit au Rai, et eu un immense succès à la fin des années 80.

En 1987, un duo avait défrayait la chronique, dans une chanson qui restera dans les anales, Cheb Hasni et Chaba Zahouania chantent « Dirna l’amour fi baraka » (on a fait l’amour dans une baraque), interdit de diffusion sur les médias algériens, ce qui ne l’a pas empêché d’être écoutée par des millions de jeunes dans tout le pays. Le plus connus des chanteurs Raï reste inévitablement Khaled, ce fut le premier à l’exporter en dehors du territoire algérien, avec sa voix unique veloutée et douce, il a conquit un nouveau public, sa chanson DIDI fut un succès mondial, il a prouvé ainsi que le raï peut être écouté et apprécié par une autre jeunesse que la jeunesse algérienne, il a ouvert la porte à d’autres chanteurs comme Mami, et bien plus tard Faudel et Cheb Bilal.

Je rajouterai, que le Raï d’aujourd’hui n’est plus ce qu’il était, à force d’interdire les chanteurs de s’exprimer, l’Algérie va perdre un patrimoine très cher, la censure des paroles et des chanteurs a tué le vrai Raï, celui qui disait tout haut ce que pensaient les jeunes tous bas, le Raï rentre dans le politiquement correct, ce qui le conduit directement au suicide.
Où sont les Chebs d’Oran ? Hindi, Abdel-Hak, Zahouania, Cheb Bouzid, et autres ? La relève sera très dure, voir même quasi impossible, Faudel n’est pas au niveau, et le Raï&B risque de le faire oublier.

Mars 2005 copyright ©El-annabi.com

Tags: Algérie Musique Raï Cheikha Rimitti Cheb Hasni Cheb Khaled Cheb Mami Cheb Bilal

Source : El-annabi.com

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